J’ai découvert l’esprit mutualiste en 1966 en tant que " sociétaire " et pendant 26 ans en tant que salarié. Le " système " avait fait ses preuves de son efficacité depuis de nombreuses années et en particulier pendant des périodes difficiles. . . Un système d’entraide animé et géré par des bénévoles avec peu de personnel salarié. Les différentes " Caisses Locales " conçues sous des formes associatives " Mutuelle d’Assurance ", " Mutuelle de dépôts et de crédits ", et autres … avaient cette vocation de permettre aux hommes et aux femmes (les sociétaires) de s’intégrer socialement dans la vie par une entraide économique à un moindre coût L’épargne des uns permettant de prêter aux autres à un taux le plus bas pour l’achat d’un équipement nécessaire : tracteur, matériel, voiture, maison, meubles… être bien assuré contre différents risques en cotisant au plus juste prix … Une fois par an, les adhérents (sociétaires)se réunissaient localement en Assemblée Générale pour décider des orientations et désigner parmi eux leurs représentants au Conseil d’Administration. Un Conseil d’Administration siégeant dans diverses instances pour tirer toujours avec beaucoup de vigilance le meilleur avantage en faveur des adhérents. Des Adhérants militants, soucieux de " l’entraide " pour réussir ensemble dans l’ASCENSION SOCIALE.
Le " système mutualiste" ne cessa de se développer dans les années 1970 avec l’implantation de nouvelles " agences " sur tout le territoire, toujours plus d’adhérents et de nouveaux services rendus aux " sociétaires ". Progressivement, nous avons assisté à un développement technologique, à la création et à la complexité de nouveaux marchés, à l’évolution des services, à un contrôle des risques plus élaboré… le " système mutualiste " des banques, des assurances et autres a dû s’adapter pour répondre " à une demande toujours plus importante de ses sociétaires ", employant de plus en plus de salariés qualifiés, de dirigeants de talents pour faire de l’entreprise mutualiste la plus compétitive sur le marché. Dans le même temps, la représentativité des administrateurs locaux est devenue lentement désuète puisque progressivement son pouvoir s’est trouvé réduit et transféré aux directions centrales. Avec le temps le " sociétaire " est devenu un " client ", pourrait on dire même un consommateur privilégié a qui on va vendre des " produits ", l’entreprise mutualiste a évolué avec un souci de concurrence, de parts de marché, de rentabilité où le " client " doit se montrer bon consommateur pour que l’entreprise mutualiste puisse être rentable. On a pris ses distances dans les faits avec le " mouvement fondateur " même si on s’efforce de conserver " l’esprit mutualiste " avec encore ses Assemblées Générales. Mais qu’est devenu le rôle de " l’administrateur " ? que sont devenus ses pouvoirs de décision ? L’Administrateur est passé de son rôle de Décisionnaire à celui de Consultant.
Je viens de participer en Avril à une Assemblée Générale, où le directeur de la " caisse locale " a informé les sociétaires qu’un bureau annexe situé dans un quartier de la ville serait transféré à la " Caisse principale " située en Centre Ville pour des raisons de sécurité. Quelques adhérents habitants ce quartier ont fait savoir leur désaccord en vain. Un représentant de la direction centrale a souligné très adroitement, que le bureau étant trop petit il n’était donc pas possible de faire des travaux pour le mettre en conformité, que d’autre part ce n’était pas une fermeture mais seulement un transfert puisqu’il n’y avait pas suppression de salarié. La décision est prise, on n’y revient pas. Le plus étrange, aucune explication des administrateurs représentant les " sociétaires ".
Si pendant près d’un siècle, le " système mutualiste " a permis aux plus démunis de s’intégrer dans notre société en jouant un rôle très important dans l’économie sociale de notre pays, qu’en est il aujourd’hui ? Nous savons qu’il a évolué naturellement avec son temps, il a joué et continue de jouer son rôle pour tous ceux qui sont restés dans le wagon, mais notre société se trouve en profonde mutation économique avec ceux qui ne sont pas dans ce wagon de l’ascension sociale, alors ne faut il pas songer à " réinventer " un nouveau système plus élémentaire lié à l’esprit fondateur ? La vie n’est elle pas un éternel recommencement ?
Jean Paul Ballester

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